Diplomates marocaines #11 : Ben Askar, l’émissaire malchanceux de Mohamed Es-Sghir

Dépêché par le sultan saadien Mohamed Cheikh Es-Sghir, dit Mohamed Saadi III, pour le représenter auprès du roi Charles Ier, Mohamed Ben Askar sera choisi comme ambassadeur du Maroc à Londres et à Amsterdam. Mais Ben Askar échouera dans ses deux missions.

Posted July 7,2018 in Histoire et faits.

Oualid ettouil
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En 1637, le royaume chérifien dirigé alors par le sultan saadien Mohamed Cheikh Es-Sghir, l’avant dernier monarque de cette dynastie, et la Grande Bretagne, parviennent à l’un des premiers accords entre les deux Etats. Une entente conclue grâce à Jawdar Ben Abdellah, nommé en 19 septembre 1637 en tant qu'ambassadeur à la cour de Charles Ier. Mais Ben Abdellah sera démis de ses fonctions une année après, soupçonné par le sultan saadien d’avoir trahis le royaume chérifien. Pour combler ce vide diplomatique, Mohamed Cheikh Es-Sghir dépêchera Caid Mohamed Ben Askar à la Cour du roi Charles I.

En déclin, la dynastie saadienne en quête d’un soutien

Nous sommes dans les dernières années de vie de la dynastie saadienne et plus exactement en 1627. Moulay Zidane, neuvième sultan saadien ayant régné depuis 1613, vient de décéder. Son fils, Abdelmalek Ben Zidane est couronné sultan du Maroc. C’est lors de cette même année que la «République de Salé» proclamera son indépendance.

En 1636, après les assassinats de Abdelmalek Ben Zidane et El Walid Ben Zidane, leur frère Mohamed Cheikh Es-Sghir est proclamé sultan du royaume. Il règnera jusqu’au 30 janvier 1655 mais cette période sera marquée par plusieurs divisions au sein du royaume, avec notamment l’influence montante des Zaouias d’Illigh et de Dila, de la «République» des corsaires de Salé et des Chorafas alaouites de Tafilalet.

Mais bien avant cette date, la dynastie saadienne n’a cessé de multiplier ses demandes aux puissances étrangères pour disposer d’armes et de soutiens pour faire face aux dissidences internes. En effet, l’historien Roger Coindreau a rapporté qu’«en novembre 1613, Moulay Zidane sollicita à nouveau des Pays-Bas la fourniture d’un vaisseau et d’un yacht». «Les Etats-généraux donnèrent, une fois encore, leur accord à cette demande, mais l’amirauté de Rotterdam, mieux avisée, éleva une énergique protestation, alléguant, non sans de bonnes raisons, que ces armements n’auraient d’autres fin que d’écumer la mer et d’y capturer tout ce qui pourrait venir sous le canon de ces navires», poursuit-il dans son livre «Les corsaires de Salé» (Editions Eddif, 2006).

Mais si les Pays-Bas étaient jusque-là au chevet du royaume saadien, les Anglais, eux, avaient compris qu’il fallait garder de bonnes relations avec toutes les factions régnantes au Maroc. Abdellah Nemli a rapporté dans son ouvrage «Le port de Safi au cours des siècles», cité comment les Anglais ont réussi à monopoliser le commerce -notamment à Safi-, depuis le règne de Moulay Zidane. Ce port était, en effet, sous l’influence de la Zaouia de Dila.

Un ambassadeur pour remplacer Jawdar Ben Abdellah

Au Sud, vers Agadir et Tiznit, les Anglais commerçaient avec la Zaouia d’Illigh d’Abou Hassoun Semlali. Dans l’encyclopédie «Christian-Muslim Relations. A Bibliographical History Volume 8» (Editions Brill, 2016), on raconte qu’en septembre 1630, les captives musulmans en Angleterre ont fait l’objet de correspondances entre Charles I et Abou Hassoun Selmali, dirigeant de la Maison d’Illigh, dans le Souss marocain. Les deux parties conviendront à un accord pour protéger les ressortissants anglais au Maroc et musulmans en Angleterre.

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